re(VOIR)…et ça vous fait rire #2

Au début de l’un de ses premiers films (Changement d’adresse, daté de 2006), l’acteur-réalisateur Emmanuel Mouret et la comédienne Frédérique Bel (que l’on retrouve tous les deux dans Fais-moi plaisir !, diffusé en octobre) ont un dialogue irrésistible reposant sur l’homophonie entre les mots « corps » et « cor » (de chasse). Quiproquos, double-sens et fantaisies linguistiques, la séquence repose, en tant que telle et avant toute chose, sur un comique du texte, mais le jeu physique des deux comédiens et le rythme (osons déjà dire la musicalité) de leur échange permettent à la séquence de conquérir une drôlerie supplémentaire.

Cet exemple révélateur donne le « La » de cette deuxième saison du cycle Et ça vous fait rire ?, où il sera, de fait, beaucoup question de corps et de cor (ou en tout cas de musique) : de corps, d’abord, en ce qu’il s’agit du premier instrument du soliste comique. Comment faire rire simplement en étant ?
Question d’apparence simple, à laquelle Louis de Funès ou Charlie Chaplin auront apporté leur propre réponse, légendaire, mais qui, au-delà du 7e art, demeure également l’un des enjeux centraux de l’art du clown, auquel la programmation de la Scène Nationale offre cette année une large part.

Citons également, dans le registre cinématographique, ces Leningrad Cowboys (avec leurs bananes démesurées) ou ces Blues Brothers (costumes et lunettes noirs) dont l’apparence physique, premier attribut comique, a finalement mieux imprimé l’imaginaire collectif que les films où ils apparaissent. Mais, au cœur de cette programmation, il sera aussi question de musique, donc, à la fois de manière littérale (par le biais notamment des deux groupes cités précédemment), mais aussi et surtout parce que l’exercice de la comédie nécessite une science du rythme, de la variation, une maîtrise du silence ou de la rupture, qui autorisent à considérer ces maîtres comme de véritables virtuoses : prenons pour exemple le solo en forme de monologue de Sacha Guitry au cœur du deuxième acte de Faisons un rêve (qui ouvrira ce cycle en septembre), ou la Sérénade (à trois) imaginée par Ernst Lubitsch, peut-être de toute l’histoire du cinéma l’un des plus délicats experts de l’harmonie et du… contrepied. Pour que résonne alors dans les murs de l’Apollo la musique la plus douce aux oreilles de ces divertisseurs de prestige : un public qui rit à l’unisson.

Antoine Royer,
rédacteur à DVDClassik, chroniqueur cinéma

Renseignements sur la programmation et réservations auprès
d’Emmanuelle Marcelot : 02 54 60 99 96
www.scenenationale-chateauroux.com

SEPTEMBRE
FAISONS UN Rêve

de Sacha Guitry • France • 1936 • 1h26

avec Sacha Guitry, Raimu, Jacqueline Delubac

Un avocat séduit une femme mariée et passe la nuit avec elle. Le lendemain matin, le mari arrive au bureau de l’avocat, affolant l’épouse in dèle, mais sans raison : lui aussi a découché et sollicite un alibi.

Un vrai moment de plaisir, avec comme sommet cet impressionnant monologue de Guitry. On rit et c’est bien légitime !

OCTOBRE
FAIs-MOI PLAISIR !

de Emmanuel Mouret • France • 2009 • 1h30

avec Emmanuel Mouret, Frédérique Bel, Judith Godrèche

Ariane est persuadée que son compagnon Jean- Jacques fantasme sur une autre femme. Pour sauver son couple, elle lui demande d’avoir une aventure avec celle-ci, pensant qu’il s’agit du meilleur remède pour le libérer. Lorsque Jean-Jacques se rend chez cette femme qu’il connaît à peine, il ne sait pas encore qu’il s’agit de la lle du Président de la République…

Une cascade de situations farfelues pour un badinage léger sur les contretemps du désir et les complications amoureuses.

NOVEMBRE
Leningrad Cowboys go America

Aki Kaurismaki • Finlande • 1989 • 1h18 • v.o sous-titrée
avec Matti Pellonpää, Kari Vaananen, Jim Jarmusch

Les Leningrad Cowboys, un groupe de rock, répètent dans la toundra où personne n’apprécie leur style de musique. Ils décident de partir pour les États-Unis, où, leur dit-on, les gens aiment n’importe quoi. Arrivés en Amérique ils parcourent le territoire, jouant ici et là, exploités par leur manager Vladimir, et doivent faire face à de nombreux déboires…

Où comment un road-movie surréaliste à travers l’Amérique donna naissance à l’autoproclamé
 « plus mauvais groupe de rock du monde ».
DéCEMBRE
LE CIRQUE

Charles Chaplin • The Circus • États-Unis • 1928 • 1 h 12 • noir et blanc • muet
avec Charles Chaplin, Al Ernest Garcia, Merna Kennedy

Dans une fête foraine, Charlot, un pauvre homme affamé, est victime de l’absence de scrupules d’un pickpocket. Poursuivi par un policier, Charlot nit sa course sous le chapiteau d’un cirque, où les rires des spectateurs se font rare. Il ruine le numéro du prestidigitateur mais fait un triomphe auprès du public. Le directeur du cirque réalise aussitôt à quel point cet inconnu, « drôle malgré lui » pourrait lui éviter la faillite.

Chaplin jongle entre le rire et les larmes.

HIBERNATUS

Édouard Molinaro • France • 1969 • 1h20

avec Louis de Funès, Claude Gensac, Olivier de Funès

Après 65 ans d’hibernation naturelle dans un bloc de glace polaire, un naufragé est retrouvé par une expé- dition franco-danoise au Groenland. Cette découverte passionne la science mais perturbe grandement Hubert de Tartas, le P-DG survolté d’une société d’emballage et de conditionnement. En effet, l’inconnu n’est autre que Paul Fournier, le grand-père de sa femme Edmée.

Entre grand numéro de De funès et enchaînement de quiproquos.

JANVIER
Les lumières de la ville

Charles Chaplin • City Lights • États-Unis • 1931 • 1h23 • noir et blanc • muet

avec Charles Chaplin, Virginia Cherrill, Harry Myers

Charlot le vagabond rencontre une jeune euriste aveugle. La détresse et le charme de la jeune lle l’émeuvent. Il lui vient en aide et suite à un quiproquo involontaire se fait passer pour un homme riche.

Séduire une femme qui ne voit pas, émouvoir un public qui n’entend pas.

février
sérénade à trois

Ernst Lubitsch • Design for Living • États-Unis 1933 • 1h30 • vo sous-titrée

avec Miriam Hopkins, Gary Cooper, Fredric March

Deux artistes américains partageant un appartement à Paris tombent tous les deux amoureux de la belle et spirituelle Gilda Farell. Elle-même n’arrive pas à choisir entre ses deux prétendants et ils décident d’emména- ger tous les trois…

Loin d’un marivaudage convenu Sérénade à trois célèbre une philosophie épicurienne et la recette du bonheur.

AVRIL
BIENVENUE Mr MARSHALL

Luis Garcia Berlanga • Bienvenido Mr Marshall • Espagne •
1953 • 1h15 • v.o sous-titrée
avec Lolita Sevilla, Manolo Morán , Jose Isbert • Prix de la bonne humeur au Festival de Cannes 1953

Dans les années 1950, Villar del Río, petit village endormi de la Castille profonde, se met soudain en branle pour ressembler à une resplendissante bourgade d’Andalousie en vue d’accueillir une délégation américaine, espérant ainsi toucher des subsides du « plan Marshall ».

Portrait moqueur de la société espagnole rurale,où chacun est présenté dans l’ampleur de son rôle social, à travers ses rêves, ses maladresses, ses incompétences et son individualisme mesquin.

Mai
Film suprise...
JUIN
The Blues Brothers

John Landis • États-unis • 1980 • 2h10 • v.o sous-titrée
avec John Belushi, Dan Aykroyd, James Brown

Les frères Jake et Elwood Blues partent à la recherche de la rédemption, sans un sou mais avec une mallette pleine de soul. Pour sauver l’orphelinat où ils ont été élevés, ils décident de reformer leur groupe de blues et d’organiser un concert géant, a n de réunir la somme d’argent nécessaire.

Un esprit subversif, désinvolte, espiègle, parfois potache, porté par des performances comiques ou musicalesde haute-voltige.